Qui peut gagner le huitième Vendée Globe ?

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C’est la question piège par excellence, tant les paramètres sont nombreux pour briller autour du monde en solitaire. Dimanche à 13h02, 29 skippers s’élanceront des Sables d’Olonne avec des ambitions diverses, en fonction de leurs expériences respectives, des machines dont ils disposent et de leurs niveaux de préparation. Il y aura des joies, des déceptions, des bonnes et des mauvaises surprises et au final, un seul vainqueur. Mais la lutte pour la gagne et le podium ne sera pas la seule intéressante à suivre car derrière, des matchs dans le match ne manqueront pas de se mettre en place…

Le Vendée Globe est sans doute l’une des épreuves sportives dans laquelle les pronostics se révèlent les plus hasardeux. En mer, autour du monde, le scénario n’est jamais écrit à l’avance. En un instant, le skipper le mieux préparé, à bord du bateau le plus optimisé, peut faire les frais d’un aléa de course. Comme le disait Sébastien Josse ce matin, « le Vendée Globe dicte ses lois au fur et à mesure du parcours. »

A moins de 48 heures du départ, des questions brûlent les lèvres : Qui peut gagner le huitième Vendée Globe ? Quelles seront les bonnes et les mauvaises surprises ? Personne ne le sait, mais un état des lieux des forces en présence permet de donner quelques éléments de réponse…

10 marins ont des ambitions de podium, et plus si affinités…

Sur le papier, une dizaine de skippers peut prétendre au podium, dont six à bord d’IMOCA de dernière génération dotés de foils.

Pour Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), deuxième des deux derniers Vendée Globe, tout autre résultat que la victoire serait une déception. Il assume ce statut de favori et semble encaisser la pression.

D’autres noms ressortent pour la victoire, dont celui de l’expérimenté Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), programmé pour performer.

Sur le podium en 2013, le Britannique Alex Thomson (Hugo Boss) revient sur un bateau au potentiel énorme, avec l’ambition de devenir le premier étranger à remporter le Vendée Globe.

Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) a vu sa préparation perturbée par diverses avaries. Mais pour son quatrième Vendée Globe, Jean-Pierre a les armes pour accrocher un podium qui lui a échappé de peu il y a quatre ans.

Lui aussi a connu quelques accrocs dans sa préparation mais il a depuis repris confiance : bizuth talentueux, épaulé par Roland Jourdain, Morgan Lagravière (Safran) est un jeune concurrent à surveiller de près.

Jérémie Beyou (Maître CoQ) est le seul marin à avoir implanté des foils sur un IMOCA d’ancienne génération. Compétiteur farouche, il espère que ce pari lui permettra de jouer les tous premiers rôles.

Les autres prétendants partiront avec des bateaux à dérives droites. Seul ancien vainqueur au départ, Vincent Riou (PRB) a le doublé en ligne de mire… Protégé de Michel Desjoyeaux, Paul Meilhat (SMA) s’élance à bord de l’IMOCA tenant du titre (ex MACIF de François Gabart) avec un statut d’outsider sérieux qui lui convient parfaitement. Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), lui, revient huit ans après un accident et un sauvetage entrés dans la légende du Vendée Globe. La page est tournée depuis un bon moment déjà et Yann vise le podium. Après deux abandons douloureux, Kito de Pavant (Bastide Otio) veut avant tout boucler le tour du monde, mais son côté compétiteur ressurgira probablement une fois en course…

Un groupe intermédiaire d’une quinzaine de skippers, avec de sérieux outsiders

Le Vendée Globe 2008-2009 est celui qui a réuni le plus de concurrents et de bateaux neufs dans l’histoire de l’épreuve, avec 30 solitaires au départ. Il est donc logique, huit ans plus tard, de retrouver de nombreux skippers engagés à bord de bateaux construits pour cette édition. Pas moins de treize skippers disposent d’IMOCA mis à l’eau entre 2006 et 2008, soit près de la moitié de la flotte ! Ces concurrents de la « Génération 2008 » ne visent pas la gagne mais ils ont des ambitions et de belles histoires à raconter. Entre eux, l’émulation jouera à plein et la bagarre sera passionnante à suivre.

Dans ce groupe, les outsiders les plus sérieux sont sur le papier Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine), Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) et le Japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh). Il faudra aussi compter sur les expérimentés Bertrand de Broc (MACSF), Arnaud Boissières (La Mie Câline) et Louis Burton (Bureau Vallée) qui ont déjà l’expérience du Vendée Globe, même si le dernier cité ne l’a pas encore bouclé. Parmi les bizuths, certains semblent en mesure de créer une bonne surprise à l’instar de Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut), Stéphane Le Diraison (La Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt) ou encore Eric Bellion (Comme Un Seul Homme). L’Américain Rich Wilson (Great American IV) et l’Irlandais Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager-Team Ireland) comptent bien savourer cette incroyable aventure à sa juste valeur, et la partager avec le plus grand nombre dans leurs pays respectifs.

On ajoutera à ce groupe « intermédiaire » deux skippers sexagénaires qui disposent de bateaux neufs mais se mêleront plus difficilement à la lutte pour le podium. A bord d’un IMOCA construit de ses propres mains, le Hongrois Nandor Fa (Spirit of Hungary) revient vingt ans après sa dernière participation, avec l’objectif de boucler une deuxième fois le parcours, si possible en moins de 90 jours. Quant au Néerlandais Pieter Heerema (No Way Back), il se lance un immense défi personnel en partant avec un IMOCA de dernière génération à foils…

Les aventuriers à bord de bateaux « vintage »

Pour eux, le Vendée Globe est davantage une aventure, même s’ils se piqueront au jeu de la régate. Premier Néo-Zélandais à participer au Vendée Globe, Conrad Colman (100 % Natural Energy, mis à l’eau en 2005) a déjà bouclé deux tours du monde en double. Il compte capitaliser sur ces expériences pour réitérer la performance en solitaire.

Enfin, quatre marins couperont dimanche la ligne de départ avec des bateaux mythiques du Vendée Globe, dont les plus anciens ont été mis à l’eau en 1998 : il s’agit du Famille Mary-Etamine du Lys de Romain Attanasio (l’ex Whirlpool de Catherine Chabaud) et du TechnoFirst-faceOcean de Sébastien Destremau (l’ancien Gartmore de Josh Hall). Les autres bateaux les plus anciens, mis à l’eau en 2000, sont La Fabrique d’Alan Roura (ex Superbigou de Bernard Stamm) et One Planet One Ocean de Didac Costa (l’ancien Kingfisher d’Ellen MacArthur, 2e en 2000-2001).

Ils ont dit :


 

Vincent Riou (PRB) :

« On me parle de ma victoire en 2004-2005, mais à chaque Vendée Globe on remet les compteurs à zéro, c’est une nouvelle histoire qui n’a rien à voir avec la précédente. Même les meilleurs skippers restent humbles et disent vouloir finir avant tout ! »

Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) :

« Sur les 29 évidemment, la moitié de la flotte est plus dans le coup que l’autre. Il y a véritablement une dizaine de projets compétitifs, difficiles à battre sur l’eau, bien présents. La compétition est là, ça va être intéressant. Je pense que la flotte sera sans doute plus serrée, le paquet de tête sera plus groupé s’il n’y pas de grosses avaries. »

Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) :

« Il est possible que les foilers s’échappent et qu’on ramasse les miettes, je m’y prépare psychologiquement. Je vise malgré tout le podium, le but c’est d’arriver une minute avant le 4e ! »

Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) :

« Je me situe dans les 10-12 premiers sur le papier, il y en aura probablement 5 devant, je peux me retrouver dans les 6-7. Le plateau est quantitatif, mais il ne faut pas se leurrer, cela n’a rien à voir au niveau sportif avec l’édition de 2008 où il y avait 19 bateaux neufs. Dans la flotte, il y a selon moi 7-8 bateaux susceptibles de gagner, pas plus. »

Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) :

« Il y a un beau peloton de bateaux d’occasion. Il va y avoir un match serré. J’ai eu plus de temps pour me préparer que pour l’édition précédente. Je pense que les foils, c’est le truc qu’il faut pour gagner le Vendée Globe. C’est aussi une prise de risque. Mais en tant qu’architecte naval, je suis sûr qu’un foiler va gagner. »

Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) :

« Je vise le Top 10 ! Il y a beaucoup de bateaux de la même génération que le mien qui a été mis à l’eau en 2007. Ca va être une course dans la course, j’ai vraiment hâte d’y être. Jean Le Cam, Tanguy de Lamotte vont faire partie de mes concurrents sérieux. Globalement, il y a beaucoup de bons compétiteurs. »

Didac Costa (One Planet One Ocean) :

« Mon objectif est clair : terminer. Mais un des intérêts du Vendée Globe cette année, c’est la quantité de bateaux. Il y a 29 IMOCA et cela va créer des régates dans la régate. Et ça, c’est très motivant, car je vais naviguer contre des bateaux de la même génération que le mien. »

Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) :

« Je compte bien me bagarrer, je suis un Figariste avant tout, c’est pour ça que je viens ! Je peux essayer de suivre Louis Burton et Stéphane le Diraison, par exemple, qui ont des bateaux plus rapides que le mien. Tellement de choses peuvent se passer, il suffit qu’un bateau plus performant ait une petite voile en moins et moi je serai là ! »



 

 

LE POINT MÉTÉO :


 

Quelques grains, un ciel nuageux et 10-15 nœuds de vent de Nord-Nord-Ouest accompagneront les 29 solitaires à 13h02 sur la ligne de départ du 8e Vendée Globe. Les IMOCA vont rapidement mettre le cap au sud-ouest poussés par 15-20 nœuds de vent de nord jusqu’au cap Finisterre que les premiers foilers devraient atteindre lundi matin. « C’est moins angoissant qu’un passage de front, ça se ressent sur les pontons, l’ambiance est moins tendue. Après, ça va être rapide et très intense, d’autant plus qu’il y a du trafic, de la pêche, des bateaux de commerce, et au cap Finisterre, des trucs qui traînent dans l’eau », explique Jérémie Beyou.

Le long du Portugal, le vent va se renforcer et quelques empannages seront à prévoir. En résumé, un début de course rapide, mais très technique. « Les gens bien entraînés seront aux avant-postes. Les foilers vont être avantagés. Après, il faut voir si on tire sur les bateaux à 100% ou pas. » Reste qu’une dorsale (zone sans vent) est en passe de s’installer entre Gibraltar et les Canaries dès le 8 novembre à la mi-journée risquant de fermer la porte aux poursuivants. Dès le départ, les skippers vont devoir cravacher pour échapper à la tentacule anticyclonique